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La première fois qu’elle rencontre Dianthéa, c’est le coup de foudre.
Elle ne saurait pas expliquer exactement ce qui a fait que l’actrice l’a charmée plus que ça. En soit, elle la connaissait déjà avant, comme l’entièreté de Kalos. Au détour d’une affiche de film, sur l’écran d’un cinéma, devant la télévision, entre deux articles de journaux, il est impossible de ne pas voir le visage de la star ne serait-ce qu’une fois. La femme constamment sous les projecteurs, celle dont les performances font partie de la vie de tous, multiples fois récompensée pour la grandeur de son jeu d’actrice. Dianthéa est une référence pour tout le monde. Pour certains elle est la dame qui joue la maman dans ce film pour enfants, pour d’autres elle est l’héroïne battante qui en fait pleurer plus d’un, pour encore d’autres elle est cette figure puissante et dramatique, sans oublier ceux qui ont adoré son rôle de créature mystique aux côtés de son Gardevoir dans cette saga fantastique. Bref, tout le monde l’a déjà vu au moins une fois.
Mais l’avoir en face d’elle, c’est autre chose.
Avoir Dianthéa en face de soi, pour Malva, c’est autre chose.
Ça aurait dû être une journée de travail parfaitement professionnelle, rien de bien surprenant. Une simple interview d’une star pour son prochain film, c’est tout. Sauf que la journaliste le sent quand elle discute avec cette femme. Il y a quelque chose chez elle d’insaisissable. Sa beauté ? Son allure ? Sa voix ? Malva l’ignore, mais elle le sent, comme elle sent la chaleur d’un projecteur lumineux sur elle. Non, ce n’est pas le projecteur qui lui donne chaud. C’est autre chose. C’est… Elle ? Non, Malva doit être professionnelle à la fin.
Et pourtant…
Elle se surprend à vouloir se rapprocher d’elle pendant l’interview. Elle se surprend à vouloir lui parler, encore, et encore, et encore. Elle se surprend à vouloir lui enlever ce petit cheveu sur sa veste rien que pour pouvoir la toucher. Elle se surprend à vouloir caresser sa joue en prétextant qu’elle aurait quelque chose dessus. Elle se surprend à vouloir s’allonger à côté d’elle pendant qu’elle lui parle de son rôle, de son personnage, de la force qui se cache à l’intérieur. Elle se surprend à vouloir embrasser ses lèvres si parfaitement maquillées et… Bon sang, elle ne peut pas avoir ce genre de pensées.
Sauf qu’elles ne les quittent pas et que l’interview qu’elle donne est un peu fouillis. Bon sang, un peu de tenue…
Et en même temps, difficile d’avoir vraiment autant de tenue que ce qu’elle voudrait quand elle est en face d’un véritable ange.
Encore plus quand elle sait que ses ailes à elle sont bien trop noircies pour se tenir aux côtés d’une telle beauté.
Elle le sait. Elle ne peut pas négliger son but. Elle ne peut pas négliger ses obligations. Cette sublime créature marche dans un monde bien trop souillé. Et il faut se débarrasser de cette souillure, comme l’a ordonné Lysandre. Il faut tout faire pour. Comme ça, ce monde sera sauvé. Cette femme si parfaite pourra vivre dans un monde bien meilleur, qu’elle pourra lui offrir. Malva ne doit pas oublier cet objectif.
Pourtant…
Elle a l’impression que la pureté naturelle de Dianthéa pourrait lui offrir ce repentir qu’elle n’espérait jamais avoir. Elle a l’impression que sa splendeur pourrait guérir le monde rien qu’en existant. Comme dans ce film où elle est avec son Gardevoir. Pourquoi vouloir du mal au monde quand un ange pareil existe ? Pourquoi briser des vies quand un ange pareil existe ? Y a-t-il besoin de rendre le monde plus beau quand cette femme existe, splendide, parfaite ?
Malva se le demande. S’il pouvait voir la beauté de son être, est-ce que Lysandre pourrait voir à quel point elle est splendide et comprendre que le monde n’a pas besoin d’être sauvé ?
Parfois celle aux cheveux roses a l’impression qu’il pourrait être près de comprendre. Elle le voit, parfois, prendre un petit café avec cet être lumineux. Ils parlent en long et en large du monde. Chacun a sa vision, l’un pessimiste l’autre bien plus optimiste. Parfois Lysandre évoque son envie qu’il soit éradiqué, parfois il change d’avis quand il entend Dianthéa parler. Et en vrai, Malva le jalouse un peu. Cet ami a réussi à faire ce qu’elle ne peut pas faire.
Parler avec Dianthéa. L’écouter parler, tout simplement. Elle pourrait lui dire n’importe quoi qu’elle écouterait. Qui sait, elle pourrait même présenter le journal à sa place… Quoique, elle n’a pas vraiment envie que celle qu’elle aime puisse éblouir d’autres gens qu’elle.
De toutes façons, elle ne peut pas se laisser éblouir. Elle ne peut pas se permettre d’être aveuglée par sa beauté. Il y a plus important. Leur but. Leur objectif. Leur mission. Ce monde parfait.
Ce monde qui leur tend les bras et qui n’attend que de s’accomplir alors qu’elle, Lysandre et le reste de la Team Flare sont sur le point de déclencher l’Arme Suprême. C’est la meilleure chose à faire. C’est la meilleure, depuis bien longtemps. Le monde a besoin de ça. Le monde a besoin de retrouver sa beauté d’antan et seul quelqu’un qui côtoie une beauté au quotidien comme Lysandre le fait sait exactement ce qu’il faut faire pour préserver ce qui n’est plus. Détruire. Créer. Un nouveau monde les attend. Et dans ce nouveau monde rien ne pourra être souillé. Rien ne pourra jamais être souillé. Tout le monde sera sublime. Tout le monde sera aussi sublime que la belle Dianthéa.
Sauf que ce nouveau monde n’arrive pas.
La Team Flare a échoué.
Malva se demande encore comment elle peut être en liberté, à combattre au Conseil 4 après tout ce qu’il s’est passé. Elle se demande encore pourquoi elle n’est pas derrière les barreaux, à payer pour les crimes de son chef.
Elle se demande toujours ce que pense Dianthéa d’elle, maintenant que les masques sont tombés. Une beauté pareille a-t-elle été noircie par ses crimes ? Ou est-elle tellement pure qu’elle pourrait pardonner tous ces péchés ?
Il faut attendre bien plus tard, bien des années après, où l’ancienne journaliste s’est retirée de la vie publique, pour qu’elle puisse avoir des nouvelles sur ce que l’actrice est devenue.
Elle tourne toujours. Elle est toujours lumineuse. Mais désormais, la beauté de la maternité a illuminé son existence. Et quand elle parle de son enfant en interviews, elle est encore plus brillante qu’avant.
Malva l’observe à l’écran et se le demande parfois.
Elle se demande encore si Dianthéa se souvient de la chaleur des spotlights qui illuminaient le plateau où elles se sont rencontrées.
