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Au coeur du désert

Summary:

Slit et Nux ont survécu aux événements de Fury Road, mais leur relation en a pâti. Le chauffeur essaie alors d'arranger les choses entre son lancier et lui, d'une manière qui leur correspond bien...

Work Text:

Le désert est étonnamment calme aujourd’hui, tandis que Nux le parcourt sur ordre de Furiosa, pour s’assurer qu’aucun imprudent ne tente de franchir leurs frontières, poussé là par l’idée que la mort d’Immortan Joe ait pu rendre la Citadelle vulnérable de quelque manière que ce soit.

Cela fait bientôt trois lunes que l’ancien maître des lieux est mort et jusqu’à présent, Furiosa, devenue la nouvelle leader plus ou moins contre sa volonté, protège son domaine avec hargne.

Voilà pourquoi Nux se retrouve au milieu des dunes, en début de matinée, faisant aller et venir sa voiture le long de la route délimitant le territoire de la Citadelle, suivi de près par trois motos venues en renfort, au cas où ils tomberaient sur la moindre menace. Sauf qu’il n’y a aucune menace.

Rien, nada, pas même un Vautour un peu trop courageux pour son propre rien.

Non, il n’y a que du sable et le ciel à perte de vue.

Nux continue malgré tout de longer la Bordure, guettant le moindre signe trahissant une présence hostile.

Derrière lui, il entend Slit s’agiter sur sa plateforme, probablement très ennuyé de n’avoir personne sur qui lancer un de ses bâtons de foudre. Quand il jette un bref coup d’œil dans son rétroviseur, Nux constate que son lancier passe d’un côté à l’autre de la passerelle, comme un animal en cage.

Passant un bras par la fenêtre grande ouverte, Nux donne deux coups sur le toit de sa voiture.

-Tout va bien derrière ? demande-t-il, suffisamment fort pour couvrir le vrombissement du moteur et le crissement des pneus dans le sable.

Le reflet du rétroviseur lui montre que Slit s’est immobilisé pour lui lancer un regard mauvais, ne répondant que d’un grognement avant de reprendre son petit manège. Nux soupire et se focalise à nouveau sur la route à suivre, ennuyé par cette réaction.

De tous les war boys, Slit est l’un de ceux qui a le plus de mal à accepter la mort d’Immortan Joe et la prise de pouvoir de Furiosa. Miraculeusement réchappé de l’explosion du Razor Cola, repêché dans les décombres fumants de son véhicule, il avait été rapatrié à la Citadelle deux jours après la fin du conflit, pour passer près d’une lune à l’infirmerie. Puis, quand il avait fini de reprendre des forces, il avait… il avait perdu la tête.

Furieux, perdu, sous le choc, il s’était mis en tête de renverser Furiosa par tous les moyens, si bien qu’il avait fini par être mis en cellule, enchaîné à un mur comme une bête sauvage. Nux avait été l’un des seuls à lui rendre visite, essayant tant bien que mal de lui faire accepter leur nouvelle situation.

Les premiers jours, Slit l’avait chassé à grands renforts de cris, de jurons, et d’un violent coup de boule que Nux n’avait pas su anticiper, pensant que les menottes suffiraient à garder son ancien lancier immobile. Puis, peu à peu, Slit s’était essoufflé. Sa rage s’était lentement éteinte, comme un feu recouvert de sable, jusqu’à ce que Furiosa accepte de le faire libérer. Slit n’avait plus essayé de la défier, mais s’était dès lors comporté en solitaire, restant loin des war boys récemment acquis à la cause de leur nouvelle Immortan, les traitant de traîtres et de bien d’autres noms, refusant toujours de reconnaître Furiosa comme leur leader.

Et il s’en était surtout pris à Nux, estimant qu’étant le premier à avoir retourné sa veste, tout était sa faute. Depuis, les deux garçons n’avaient eu de cesse de s’affronter de toutes les manières possibles.

Cette situation avait réellement affecté Nux qui, Dieu bénisse son cœur décidément bien trop tendre pour ce monde abominable, n’avait eu de cesse d’essayer d’arranger les choses. Il avait tenté de parler avec Slit, de lui rappeler toutes ces choses super qu’ils avaient pu faire ensemble, avant que leurs vies ne prennent ce virage inattendu. Il lui avait parlé de ces Vautours qu’ils avaient pu abattre lors de patrouilles, des vagabonds qu’ils avaient capturés, et de toutes ces nuits passées dans la même couchette. Rien n’avait semblé percer la carapace de Slit, hérissée des pointes acérées de sa rancune, et Nux n’avait pu que le regarder se détourner de lui sans pouvoir y faire quoi que ce soit.

Jusqu’à ce qu’il ait la lumineuse idée de parler à Capable.

-Je ne connais pas très bien ton ami, lui avait-elle dit un soir, alors qu’ils étaient assis au bord d’une corniche surplombant le désert. Mais peut-être que s’éloigner un temps de la Citadelle lui ferait du bien. 

Et Nux avait dû avouer que l’idée n’était pas si mauvaise.

Slit avait toujours été l’un des pires enragés que la Citadelle ait connus, cherchant la moindre occasion de se battre. L’emmener se défouler dehors pourrait effectivement l’aider à retrouver un semblant de stabilité, et pourrait même le convaincre que malgré la mort d’Immortan Joe, la vie, elle, continuait son cours, et qu’il pouvait en faire partie s’il le désirait vraiment.

Nux avait donc demandé à Capable si elle serait d’accord pour demander à Furiosa de laisser Slit accompagner la prochaine patrouille.

Après tout, peu importe les circonstances, un war boy est toujours heureux d’être choisi pour partir en mission au nom de son Immortan, et Nux ne doutait pas que malgré son amertume, Slit se sentirait flatté d’être remarqué par leur leader.

Les choses s’étaient déroulées presque comme prévu.

Effectivement, Slit, bien que toujours en colère, avait semblé touché à l’idée d’être personnellement sélectionné par Furiosa, qui s’était bien gardée de lui dire d’où venait la recommandation. Mais tout s’était corsé lorsqu’on avait annoncé à Slit qui serait son chauffeur.

-Alors là, même pas en rêve ! avait-il craché, hors de lui, quand Nux s’était pointé à l’aube, volant en main et sourire aux lèvres.

Sourire qui s’était estompé dès que les mots de Slit lui étaient parvenus, et il s’était retrouvé planté là, plus penaud que jamais, tandis que le reste de leur escouade faisait des pieds et des mains pour convaincre le lancier de les accompagner.

Slit avait fini par accepter quand il avait compris qu’il s’agissait peut-être de sa seule chance de sortir de la Citadelle et de s’éloigner de Furiosa, ne serait-ce que pour une journée. Mais il avait bien fait comprendre à Nux que tout ça ne changerait rien entre eux.

Force est de constater qu’il compte bien tenir sa promesse, puisque trois heures plus tard, les seuls mots qu’il a adressés au pilote se sont résumés à des insultes et un « Dire que je devrais être au Valhalla avec Immortan Joe ! » auquel Nux n’avait pas pris la peine de répondre.

Et le plus jeune essaie vraiment de ne pas laisser cette situation l’émouvoir, s’obligeant à ne rester concentré que sur la route, mais puisqu’il n’y a rien d’intéressant à voir, son esprit boucle inlassablement sur Slit et sur le fossé qui s’est creusé entre eux. Nux n’aurait jamais imaginé qu’être en froid avec son lancier l’affecterait à ce point, et pourtant, le voilà, la gorge étrangement nouée à l’idée de ne peut-être plus jamais réparer ce lien fragile qui l’unissait à Slit. Il sait que c’est idiot et qu’il ne devrait pas se laisser obnubiler par un tel sentimentalisme, mais c’est plus fort que lui. Malgré toutes les crasses que Slit a pu lui faire au cours de sa demi-vie, il restait celui dont Nux se sentait le plus proche. Il sait que les autres war boys murmurent souvent sur leur relation, envieux, jaloux de connaître un jour la joie de comprendre quelqu’un sans même avoir besoin de parler, d’être tellement sur la même longueur d’ondes qu’une autre personne que le moindre geste, le moindre regard, est aussitôt décrypté, de pouvoir s’endormir entre des bras qui ne risqueraient pas de vous briser le cou pendant votre sommeil, et bien plus encore.

Alors oui, Nux se sent triste d’avoir perdu tout ça.

Il est triste de ne plus avoir personne avec qui discuter quand il bricole sa voiture, triste de ne plus sentir le regard de Slit s’accrocher à lui dès qu’il passe dans son champ de vision, triste de s’allonger dans une couchette vide et froide chaque soir depuis trois lunes.

Un soupir échappe à Nux, qui secoue la tête pour chasser ces pensées parasites. Son regard retourne se promener au loin tandis qu’il tapote machinalement sur son volant pour essayer de se distraire.

Maintenant, ils suivent le tracé de la Bordure dans un silence de mort, désespérés de se mettre la moindre distraction sous la dent pour essayer de leur faire oublier les tensions qui les séparent.

« C’est pas possible, il doit bien y avoir un ou deux charognards dans le coin quand même ! » songe Nux alors qu’il laisse ses yeux courir le long de la ligne d’horizon, en vain : le désert n’a jamais aussi bien porté son nom qu’en cet instant.

Ils roulent comme ça encore plus d’une heure avant qu’enfin, un des motards signale du mouvement à l’ouest. Tournant la tête dans cette direction, Nux aperçoit effectivement un nuage de sable qui semble se diriger vers eux.

Tendant le bras, il donne un coup sur le toit de sa voiture, du côté gauche, afin d’indiquer à Slit de quel côté regarder. Dans le rétroviseur, il voit son lancier se dresser sur la pointe des pieds, la main en visière par-dessus les yeux, le visage étiré d’un sourire maniaque.

« Enfin ! » se dit le chauffeur, un peu rasséréné, avant de presser la pédale d’accélérateur quand il constate que le véhicule inconnu va leur couper la route.

-MORTIFIEUR ! hurle Slit, quelques secondes plus tard, et la joie de Nux s’accentue.

Voilà exactement ce qu’il leur fallait : un gibier suffisamment stupide pour venir se jeter sous leurs roues et offrir une brève occupation aux war boys.

Nux se souvient des histoires qu’il a entendues au cours de son enfance, au sujet des Mortifieurs, autrefois membres d’une armée de plus d’un millier de motards dirigé par un homme du nom de Dementus, que Furiosa aurait fini par tuer. Jadis craints et respectés à travers les Terres Désolées et même au-delà, il ne reste aujourd’hui de ces pillards que quelques vestiges roulants, guère plus impressionnants que les Vautours. Rares sont ceux qui osent s’aventurer si près de la Citadelle, et Nux se fait la promesse que ceux-là n’atteindront pas leur but.

-Combien ils sont ?! demande-t-il tandis qu’ils se rapprochent de leurs adversaires.

-Cinq ! répond Slit. On va se les faire, ouais, ils vont morfler !

Nux sent son sourire grandir un peu plus, ravi de constater le retour de l’enthousiasme de son lancier, qu’il voit trépigner d’impatience sur sa plateforme, les mains déjà serrées autour du manche d’un de ses bâtons de foudre. Déjà, il peut sentir ce lien étrange entre eux se reformer, alimenté par la perspective de se battre ensemble, comme avant, quand tout allait bien.

Enfin, ils arrivent là où les trajectoires des deux convois se croisent.

L’enfer se déchaîne aussitôt : avant que quiconque puisse réagir, deux Mortifieurs s’envolent de leurs motos à l’aide de parachutes, se retrouvant à près de dix mètres au-dessus des war boys. Des ordres sont lancés, ainsi que des bombes. Une première explosion balaie une moto de la Citadelle, fauchant ses deux passagers. Nux a tout juste le temps de donner un violent coup de volant vers la gauche pour éviter un autre projectile jeté depuis les airs. L’objet explose dès qu’il touche le sol, projetant une grande gerbe de sable vers le ciel. A l’arrière, Slit grogne en s’agrippant à la rambarde de sécurité que Nux a eu la merveilleuse idée d’installer pour éviter que son lancier ne soit à nouveau éjecté, comme cette fois dans la tempête, quand Max l’a jeté par terre d’un coup de pied. Le chauffeur se félicite d’avoir pensé à mettre ce dispositif en place, mais il est vite ramené à la réalité par le bruit tonitruant d’une balle frappant la portière, à quelques centimètres à peine de sa tête.

-CONTACT ! hurle-t-il avant d’écraser l’accélérateur.

Du coin de l’œil, il voit Slit arracher une première lance de son support, tendre son bras loin derrière sa tête, avant de projeter la longue tige métallique d’un geste qui trahit le nombre de fois où il a pu faire ça. Le bâton s’en va se flanquer dans les roues d’une moto adverse, et cette dernière est abattue par l’explosion qui suit l’impact.

-OUAIS ! rugit Nux d’une voix admirative, et il peut voir Slit le regarder à travers la vitre arrière, le visage peint d’une émotion qui ressemble étrangement à de la joie.

Il n’a cependant pas le temps de s’y attarder : quatre motos leur filent encore le train, même si deux d’entre elles sont bientôt détruites par les efforts combinés des war boys.

Ne restent que deux véhicules, ainsi qu’un Mortifieur volant. Un war boy est finalement obligé de se sacrifier pour abattre l’un de leurs adversaires et Nux n’a aucun mal à imaginer le regard désapprobateur que lui adressera Capable quand ils rentreront à la Citadelle.

Il ne reste désormais plus qu’une moto, celle-là même à laquelle est attaché le parachutiste. N’ayant plus de grenades à jeter, ce dernier finit par s’armer d’un pistolet pour leur tirer dessus, visant Slit en priorité, après l’avoir vu se saisir d’une autre lance.

Un coup de feu est tiré, le bâton de foudre est projeté, une explosion retentit… et la dernière moto sort de la course, emportant avec elle le parachutiste, qui s’écrase lourdement au sol, où les war boys se dépêchent de le rejoindre pour l’assommer et le kidnapper, en vue d’en faire un globulard.

Quant à Nux, il fait faire demi-tour à sa voiture et retourne sur les lieux de l’affrontement, dans l’optique d’aider à récupérer tout le matériel possible, ainsi que les prisonniers. Il a tout juste le temps d’arrêter son véhicule que Slit bondit de la plateforme pour rejoindre les autres war boys, le visage éclairé d’un sourire maniaque.

L’instant d’après, Nux sort de la voiture et se précipite jusqu’à son lancier, qu’il étreint sauvagement en s’exclamant :

-T’as été tellement chromé !

La réaction est instantanée : Slit fait volte-face et lui flanque sauvagement son poing dans le ventre.

Tout l’air est aussitôt chassé des poumons de Nux, qui tombe à la renverse, atterrissant sur le dos avec un « Ouf ! » douloureux.

Les vivats des war boys se taisent rapidement tandis qu’ils regardent le lancier se pencher au-dessus de son chauffeur pour lui cracher au visage :

-J’peux savoir c’que tu fous ?! T’as cru quoi là ?!

Nux ouvre la bouche pour essayer de répondre, mais seul un halètement étranglé s’échappe d’entre ses lèvres scarifiées, alors qu’il essaie de reprendre son souffle. Slit profite de cet instant de faiblesse pour poser son pied sur la poitrine de son cadet, qu’il oblige à s’aplatir davantage dans le sable, jusqu’à ce que Nux commence à se tortiller de douleur.

-Tu pensais vraiment que ce combat minable allait suffire pour que j’pardonne c’que t’as fait ? siffle encore Slit, que les efforts du pilote pour essayer de se libérer semblent énerver davantage. Regarde-toi ! Tellement médiocre ! Comment un faible pareil a pu tout gâcher ?! Et pourquoi, hein ?! Rien n’a changé ! Rien ! A part qu’on ira jamais au Valhalla par ta faute !

-Slit, arrête, tente de le raisonner un des war boys qui les accompagnent.

-Non ! bredouille Nux en lui faisant signe de reculer. C’est entre lui et moi !

L’autre semble hésiter, croise le regard assassin de Slit, et recule d’un pas pour signaler qu’il ne s’interposera pas. Quant à Nux, il profite que son lancier ait la tête tournée pour lui attraper la cheville et la tordre violemment. Slit pousse un jappement surpris et bascule sur le côté, permettant au chauffeur de lui échapper d’une roulade. Nux bondit ensuite sur ses pieds et se hâte de se mettre en position défensive. Juste à temps, puisque Slit se jette presque aussitôt sur lui, le visage tordu d’une grimace enragée. Il percute Nux si fort que les deux garçons sont envoyés bouler jusqu’en bas de la dune au bord de laquelle ils se tenaient. Pendant leur chute, ils n’ont de cesse d’essayer de se griffer, de se frapper ou de se mordre, s’invectivant de tous les noms possibles et imaginables, jusqu’à ce que leur course folle soit finalement arrêtée et que Nux se retrouve au-dessus de Slit, qu’il essaie d’épingler par terre. Au-dessus d’eux, le soleil commence aussitôt à lui rôtir la nuque et il grimace, conscient qu’il ne pourra pas rester longtemps comme ça.

-Les gars, ça va ?! les appelle le war boy de tantôt, debout au bord de la butte qu’ils viennent de dégringoler.

-Ouais ! répond Nux sans quitter Slit des yeux, peinant pour le garder immobile. Vous avez qu’à passer devant, on vous rattrapera !

-Mais…

-ALLEZ-Y ! ordonne le chauffeur d’une voix débordante d’une autorité dont il s’ignorait capable.

Il devine que le groupe hésite, puis voit leurs ombres disparaître derrière la dune. Il leur faut encore quelques minutes pour récupérer tout ce qu’il est possible de récupérer, y compris un véhicule de leurs assaillants, avant qu’enfin, le ronronnement des moteurs qui s’éloignent indique qu’ils se sont remis en route pour la Citadelle.

-Et maintenant ? gronde Slit, que Nux a de plus en plus de mal à maîtriser.

Le problème, c’est que le lancier a toujours été plus grand et plus fort que lui. Ce n’est pas sans raison que presque personne n’ose jamais défier Slit dans le Cercle où se tiennent les combats plus ou moins amicaux entre war boys : il n’en perd jamais aucun. Nux sait donc parfaitement que ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne perde le peu de contrôle qu'il a réussi à s'arroger. Alors il fait de son mieux pour s’accorder quelques secondes de répit avant la raclée qu’il sait inévitable : il serre ses mains si fort autour des poignets de Slit que ses phalanges blanchissent d’une manière qui n’a rien à voir avec la peinture dont ils s’enduisent le corps, et il trouve le moyen de coincer ses pieds sous les genoux du lancier, s’offrant une bonne prise pour empêcher l’autre de bouger ses jambes. Quand il est sûr qu’il pourra tenir au moins une minute comme ça, il s’autorise enfin à parler :

-Maintenant, tu vas m’écouter ! Je sais que t’es en colère et que tu m’en veux ! Mais ça te mènera nulle part de te comporter comme ça ! Et c’est pas ce qu’Immortan Joe aurait voulu !

A la seconde où cette dernière phrase quitte sa bouche, Nux sait qu’il vient de faire la plus grosse erreur de sa vie : la haine enflamme aussitôt les yeux de Slit et, avant que le chauffeur puisse réagir, le lancier donne une violente ruade qui le déstabilise suffisamment pour qu’il perde l’équilibre.

Ils luttent une minute, peut-être deux au maximum, avant que Slit ne parvienne à inverser les positions, et c’est au tour de Nux de se retrouver allongé dans le sable brûlant, coincé par la silhouette massive de son lancier.

-Je t’interdis de dire son nom ! rugit Slit, hors de lui. Tu l’as trahi ! Tu l’as tué ! Alors t’as pas le droit de parler de lui ! Schlang ! Traître ! Médiocre !

Il est tellement enragé à présent que les mots s’embrouillent lorsqu’ils arrivent à s’échapper de sa bouche, ne formant plus qu’une bouillie injurieuse et incompréhensible, que Nux encaisse sans broncher, trop occupé à observer le visage de Slit, la façon dont ses cicatrices se tordent atrocement quand il crie, ou la manière dont son œil gauche brille plus que le droit. Il ne peut pas s’en empêcher, analyser tout ce qui l’entoure a toujours été une seconde nature chez lui, et c’est ce qui lui a permis de devenir si vite un Pouce-Noir. Et c’est ce don d’observation qui lui permet de voir qu’au-delà de la colère de Slit, il y a aussi du doute, et même de la crainte.

Il reconnaît cette émotion, parce qu’il l’a ressentie, cette nuit-là, quand Capable a caressé sa joue pour la première fois et qu'il a réalisé qu’il pouvait peut-être vivre autrement que sous la bannière d’Immortan Joe. Mais pour ce faire, il devait d’abord abandonner tout ce en quoi il croyait, tout ce qu’il pensait être, et à l’époque, ça l’avait terrorisé. Voilà pourquoi il accepte tout ce que peut lui jeter Slit au visage, voilà pourquoi il comprend pourquoi ses mains s’enroulent maintenant autour de sa gorge.

-Vas-y, grogne-t-il sans même se débattre. Tue-moi si tu veux. Mais ça changera rien. Que tu veuilles ou pas, Furiosa est notre Immortan maintenant. Elle a gagné sa place et tu le sais !

-La ferme ! hurle Slit, hors de lui, et ses doigts se serrent soudain, comprimant la trachée de Nux jusqu’à ce que ce dernier se retrouve privé d’air. Tu mens ! Elle a trahi ! Elle a trompé ! Elle a menti ! Et elle mérite pas le titre d’Immortan ! Tous ceux qui le pensent méritent de mourir comme des chiens !

Nux siffle et se débat, essayant d’échapper à la prise mortelle de Slit, en vain : ce dernier l’écrase de tout son poids. Alors il s’agite, se tortille, se cramponne, pousse et griffe, mais le manque d’air l’épuise rapidement, et des points noirs ne tardent pas à apparaître dans son champ de vision, lui signalant que s’il ne trouve pas vite une solution, il risque vraiment de mourir ici, au bord d’une route quelconque, tué par celui qu’il a un jour pu considérer comme un ami.

Hélas, rien de ce qu’il fait ne dissuade Slit de le lâcher, et il finit par commencer à perdre connaissance, vaincu par le manque d’oxygène. Ses yeux se ferment, son cerveau se remplit de brouillard… Et brusquement, les mains sur sa gorge disparaissent. L’air pénètre dans ses poumons avec la force d’une tempête de sable et Nux se redresse en toussant, trop confus pour comprendre que Slit vient de l’épargner de son plein gré. Ce n’est qu’au bout de plusieurs longues secondes, après avoir un peu repris ses esprits, qu’il réalise que Slit l’a lâché et se tient maintenant assis sur ses genoux, les bras pendant le long de son corps, la tête baissée. Nux l’observe un instant, occupé à masser sa gorge douloureuse où il peut déjà imaginer l’empreinte des doigts de son lancier en train de se dessiner, comprenant rapidement que Slit n’avait pas vraiment l’intention de le tuer, mais voulait simplement l’obliger à se calmer tout en lui rappelant qui d’entre eux domine.

Il ignore combien de temps ils restent ainsi, plongés dans un silence contemplatif. Enfin, Nux ose ouvre la bouche, pour dire quoi, il n’en sait rien : la tête de Slit s’abat sur la sienne avant qu’il ait pu dire le moindre mot et il émet une plainte étranglée alors que le goût du sang lui éclate dans la bouche, après qu’il se soit involontairement mordu la langue à cause du choc.

-Pourquoi t’as fait ça ?! s’indigne-t-il en agrippant le foulard que son aîné porte toujours autour du cou, et il crie si fort qu’il crache un peu de sang, dont les gouttes écarlates vont éclabousser les joues blafardes de son lancier.

En réponse, Slit se contente de lui adresser un sourire venimeux, en même temps qu’il glisse une de ses mains sur le menton de son pilote, tendant le pouce pour effleurer sa lèvre inférieure, sur laquelle il appuie jusqu’à ce que Nux entrouvre la bouche. Puis il se penche, et le plus jeune frissonne lorsqu’il sent la langue du lancier laper l’hémoglobine sur ses lèvres.

-Tu me devais un coup de boule, tu te souviens ? chuchote Slit d’une voix vibrante d’une joie malsaine.

Nux cligne des yeux, puis comprend que l’autre fait référence à ce jour où tout a basculé, quand Slit a tenté de lui prendre son volant et que le chauffeur a dû défendre son titre, allant jusqu’à frapper son équipier. Un sourire incertain fleurit alors sur son visage et il se détend un peu quand il réalise que la colère de Slit était apparemment davantage due aux inimités entre eux qu’au brusque changement de leader à la Citadelle. C’est vrai qu’il a tendance à oublier cette facette de la personnalité de son lancier : ce dernier cache souvent les vraies raisons, souvent futiles, de sa hargne, derrière quelque chose de plus gros, de plus « sensé », peu importe ce que ce mot veut dire dans un esprit dérangé comme le sien. Nux se réprimande de ne pas y avoir pensé plus tôt, il aurait ainsi pu leur éviter bien des tracas, dont possiblement l’emprisonnement de son lancier.

-Alors… On est quittes ? demande-t-il sans pouvoir s’en empêcher, trop heureux à l’idée que tout s’arrange enfin.

Slit l’observe encore un instant, fronçant sensiblement les sourcils, et Nux se dit qu’il a peut-être été trop vite en besogne. Après tout, le lancier est connu pour avoir la rancune tenace, et de nombreux war boys en ont été victimes au cours des années. Certains s’en sont relevés, d’autres pas. Nux espère simplement ne pas faire partie de cette seconde catégorie.

Heureusement, il semble encore trouver une certaine grâce aux yeux de Slit, puisque ce dernier finit par murmurer :

-Ouais, pour l’instant.

Le sourire du plus jeune s’accentue et, mû par un soudain élan de courage, il tente le tout pour le tout :

-Donc tu acceptes que Furiosa soit notre Immortan maintenant ?

L’expression faciale de Slit change, se durcit. Ses yeux s’assombrissent, même celui que la maladie a rendu difforme. Nux déglutit quand la main de son aîné se dévie de son menton pour retourner se poser sur sa gorge, appuyant légèrement sur sa pomme d’Adam en guise de menace.

-Faut voir, finit par marmonner Slit, le regard braqué sur le cou de son cadet. Je la hais toujours.

-Ou… Ouais, je me doute.

-Mais toi… T’as l’air de l’adorer.

-Je la respecte, oui.

-Hmm. Alors peut-être qu’elle est pas si médiocre que ça.

Nux bat des cils, surpris d’un tel revirement. Il ouvre la bouche pour demander à Slit de s’expliquer, mais ce dernier le devance :

-Ca me fait mal de le dire, mais t’es un bon pilote. Et même si je comprends pas toujours tes manœuvres, je sais qu’elles m’amènent toujours juste là où je veux être, où j’ai besoin d’être. Alors j’me dis… Peut-être que c’est pareil avec Furiosa. Que moi, je sais pas où on va, mais que je dois me fier à mon chauffeur, même si c’est qu’un crétin.

Ce dernier mot pourrait vexer Nux dans d’autres circonstances, mais son esprit préfère se focaliser sur le reste de la tirade de Slit, analysant, décortiquant le sens jusqu’à comprendre le plus important : Slit lui fait confiance.

Confiance.

Un mot qu’on emploie rarement, voire jamais, dans les Terres Désolés.

Parce que la confiance, c’est dangereux, ça rend vulnérable. Bien sûr, il y a toujours un semblant de ce sentiment entre chaque membre d’un même équipage, mais c’est toujours bien encadré, surveillé, épié pour être sûr que ça ne se retourne pas contre soi. On s’assure toujours que ça ne dépasse pas un certain stade, que ça ne risque pas de devenir une faiblesse.

Alors entendre Slit avouer ouvertement qu’il se fie corps et âme au jugement de Nux… Le concerné a l’impression que quelqu’un vient de lui enfoncer une lance de foudre dans la gorge pour tout faire exploser dans son ventre. C’est brutal, inattendu, et ça lui coupe le souffle aussi sûrement qu’un coup de poing à l’estomac.

Son sourire est maintenant si large que ça lui fait mal aux joues et qu’il est presque sûr de sentir ses scarifications les plus récentes se rouvrir, faisant couler toujours plus de sang qui lui dégouline le long du menton avant de s’en aller rougir le sable près de lui. Et la joie qu’il ressent soudain, brûlante, indicible, ne demande qu’à s’exprimer, à s’échapper d’un cœur où elle a mijoté de trop longues années sans jamais avoir eu l’occasion d’en sortir.

L’occasion, la voici, et Nux s’en saisit en se propulsant soudain contre Slit, la bouche ouverte sur un cri de joie si puissant qu’on l’entend sans doute depuis la Citadelle. Le lancier, pris au dépourvu, est désarçonné, et roule à nouveau par terre, accompagné dans sa cascade par Nux, qui se cramponne férocement à lui, la gorge pleine d’un de ces rires qu’on a retenu trop longtemps et qui ne peut plus être tenu en cage.

Alors il rit, comme le gosse innocent qu’il est encore un peu au fond de lui. Il rit comme le garçon un peu naïf et plein d’espoir qui attire les moqueries de ses pairs depuis toutes ces années. Il rit comme l’homme gentil et bon qu’il deviendra peut-être, si Larry et Barry lui en laissent l’occasion. Il rit jusqu’à en avoir mal au ventre, jusqu’à avoir du sable dans la bouche, jusqu’à sentir les lèvres de Slit s’écraser sur les siennes.

Aussitôt, le rire s’éteint et Nux émet un son surpris, et Slit en profite pour glisser sa langue entre ses dents, comme tant d’autres fois auparavant. Et comme toutes ces fois, Nux se sent immédiatement fondre entre les bras de son aîné, au cou duquel il s’agrippe, lui réclamant plus, toujours plus, jusqu’à ce que leurs poumons privés d’oxygène crient grâce et les obligent à se séparer pour reprendre leur souffle. Front contre front, ils s’observent dans un silence haletant, parlant avec leurs yeux, puisque leurs bouches sont trop occupées à happer autant d’air que possible.

« Ca fait vraiment trop longtemps. »

« Ca m’avait manqué. »

« C’est toujours aussi bon. »

« J’en veux encore.

« Pareil. »

Ils se regardent encore un instant, le temps de décider quoi faire exactement : vont-ils rester ici et s’étreindre sur le sable chaud ? Même si c’est tentant, ils savent qu’il vaut mieux s’abstenir, pour en avoir déjà fait l’expérience.

Alors…

La voiture.

D’un même mouvement, les deux garçons lèvent la tête vers la dune qu’ils ont dévalée tantôt. Puis ils échangent un autre regard, avant de se redresser d’un bond. Nux a même la bonté d’âme d’aider Slit à se remettre sur pied en lui attrapant les poignets. Le lancier le remercie d’une bonne bourrade dans l’épaule et enfin, ils s’élancent vers le sommet de la butte, se bousculant et riant encore à gorge déployée, profitant d’être seuls dans l’immensité du désert pour laisser libre court à ce qu’ils sont réellement : deux jeunes hommes un peu fous, mais surtout très heureux du tournant qu’a pris la situation.

Il leur faut deux tentatives avant de parvenir en haut de la dune, puisque Slit trouve intelligent de faire un croche-pied à Nux, trop orgueilleux pour accepter que son cadet arrive le premier, et que Nux, en tombant, a la bonne idée de s’agripper au pantalon de son lancier, l’envoyant rouler cul par-dessus tête jusqu’en bas du tas de sable.

Enfin, ils arrivent à leur objectif, trempés de sueur et à bout de souffle, mais toujours pleins du même désir ardent que tout à l’heure, quand ils s’embrassaient dans le sable.  C’est donc sans attendre qu’ils se précipitent vers la voiture de Nux, cette dernière n’ayant pas bougé, attendant sagement le retour de ses passagers.

Et tandis qu’ils galopent en direction du véhicule, Nux se retourne pour faire face à Slit, qu’il laisse s’avancer jusqu’à ce que le lancier envahisse son espace personnel. Le plus âgé sourit de toutes ses dents et il tend les bras pour poser ses mains sur les hanches de son cadet, glissant ses pouces dans les passants d’une ceinture, sur lesquels il tire un peu pour obliger Nux à se rapprocher davantage de lui, de sorte que bientôt, leur aine rentre en contact l’une avec l’autre. Un délicieux frisson d’anticipation remonte aussitôt le long de l’échine de Nux, qui ne résiste pas à donner un léger coup de bassin vers l’avant. Le sourire de Slit s’élargit quand il le sent, et il n’a aucune honte à glisser un genou entre les jambes de son chauffeur, le remontant juste assez pour donner à Nux l'envie d’en avoir plus.

-Ca remonte à quand, la dernière fois ? gronde le lancier à l’oreille du plus jeune, qu’il force à reculer en direction de sa voiture.

-Aucune idée. Trop longtemps, c’est sûr, répond Nux, et il se laisse guider de bonne grâce, jusqu’à sentir ses jambes buter contre un capot familier, sur lequel Slit ne tarde pas à le pousser.

Un jappement étranglé lui échappe quand son dos entre en contact avec la tôle, rendue brûlante par une exposition prolongée au soleil. Instinctivement, il essaie de s’en écarter, s’agrippant à Slit pour lui faire comprendre son inconfort. Mais le lancier se montre peu coopératif et se penche même vers l’avant, piégeant le chauffeur entre le capot et lui. Un autre halètement douloureux se faufile entre les lèvres de Nux lorsqu’il se retrouve appuyé de tout son long contre le métal surchauffé et, en représailles, il mord Slit à l’épaule, suffisamment fort pour le faire saigner. Le plus âgé émet un ricanement rauque quand la douleur lui remonte le long du cou, et il ne se prive pas pour rendre la pareille à son chauffeur, veillant à attaquer le côté de sa gorge où ne se trouvent pas Barry et Larry.

A ce stade, ils ne savent plus vraiment s’ils se battent ou non, et ils s’en fichent : l’important est de laisser enfin pleinement libre cours à toutes les frustrations qu’ils ont accumulées ces derniers temps, de ne surtout pas se séparer l’un de l’autre et de tout faire pour garder un souvenir de ce court instant de répit au cœur du désert.

Alors ils mordent, griffent, font naître une guirlande de suçons sur l’épaule de l’un, ou bien impriment la marque des doigts sur les hanches de l’autre.  Ces traces finiront par disparaître, comme toujours, et ils pourront alors en créer de nouvelles.

-Slit, Slit, bredouille Nux entre deux baisers qui lui remplissent la bouche de sang et le laissent un peu plus haletant à chaque fois. Plus, il m’en faut plus…

-Plus de quoi ? répond son lancier, dont la langue suit à présent le contour de la large cicatrice en forme de V8 qui décore la poitrine de son cadet, et ce dernier s’en retrouve tout frissonnant, malgré la chaleur torride du soleil qui brille au-dessus de leurs têtes.

-Plus de toi, chuchote le pilote d’une voix altérée par la faim et l’envie.

Il sent le sourire de Slit contre la peau sensible de son ventre et cette fois, son aîné se montre plus conciliant : bientôt, ses mains vont déboucler les ceintures de Nux une à une.

-Dépêche, l’encourage le plus jeune en se cambrant contre le capot de sa voiture, pressant ses épaules et son crâne sur le métal bouillant, savourant la délicieuse douleur qui lui brûle aussitôt la peau.

-J’fais c’que j’peux, grogne Slit qui, pour atténuer sa frustration de ne pas réussir à déshabiller plus vite Nux, lui mordille maintenant le bas-ventre, suffisamment fort pour que le plus jeune finisse par laisser échapper quelques gémissements aigus. Pourquoi t’as autant de ceintures, sérieusement ?

Nux frémit et ferme les yeux, focalisé sur la sensation de ces dents qui s’enfoncent par intermittence dans sa chair, à des endroits qui le font bondir de plaisir sans qu’il puisse rien y faire. C’est le problème avec Slit, il connaît le corps de son chauffeur sur le bout des doigts, et il n’a aucun remords à se servir de la moindre faiblesse de Nux pour faire crier ce dernier.

-Je trouve ça chromé, finit par chuchoter le pilote entre deux plaintes plus ou moins étouffées.

Slit renifle, moyennement convaincu, avant de finalement venir à bout de la dernière ceinture, qu’il ouvre d’un geste sec, la bouche ouverte sur un cri de victoire. Puis, avant que Nux ait le temps de réagir, il tire brusquement sur son pantalon, faisant glisser le vêtement sous les fesses du chauffeur, qui se retrouvent alors en contact avec le capot. Nux siffle et se cambre de nouveau pour essayer de protéger cette partie-là de son corps de la chaleur infernale sur laquelle il est étendu, arrachant un rire à Slit, qui le regarde se débattre sans rien faire pour l’aider.

-Tu ressembles la queue coupée d’un lézard, à te tortiller comme ça, se moque le lancier, maintenant occupé à tirer sur les bottes de son chauffeur, jusqu’à réussir à l’en débarrasser.

Pour finir, il arrache le pantalon de Nux pour de bon et le jette quelque part derrière lui. Le vêtement atterrit en tas dans le sable, à côté des bottes.

Nux est maintenant entièrement nu, exposé au regard impitoyable du soleil. Quand Slit essaie de s’approcher, le plus jeune pose un pied à plat sur sa large poitrine, de sorte à le tenir à distance, avant de susurrer :

-A ton tour de te désaper.

Slit grogne, mais obéit à l’ordre tacite de son chauffeur. Reculant d’un pas, il se dépêche d’essayer d’ouvrir la boucle de sa ceinture, mais cette dernière, taquine, lui résiste.

Nux profite de ce laps de temps pour torturer un peu son aîné : s’assurant que Slit le regarde, il écarte largement les jambes, les pieds appuyés de part et d’autre du capot pour se donner un appui qui permet à ses fesses de rester loin de la morsure de la tôle brûlante. Puis, les lèvres étirées d’un sourire goguenard, il laisse une de ses mains se glisser jusqu’à sa verge, fièrement tendue vers le ciel. Et tandis que Slit continue de se battre avec sa ceinture, Nux commence à se masturber, faisant aller et venir son poing sur toute la longueur de son sexe, jusqu’à s’arracher un premier gémissement. Il va lentement et prend garde de ne pas trop serrer, conscient qu’il n’a pas intérêt à jouir trop vite.

Quant à Slit, il s’est immobilisé, hypnotisé par le spectacle qui se joue devant lui. Un grondement sourd, semblable au bruit d’un moteur qui peine à démarrer, résonne dans sa large poitrine. Sa pupille gauche est tellement dilatée qu’on ne distingue presque plus le gris de son iris, et son œil droit semble plus rouge que jamais.

Nux sourit, amusé, avant qu’un autre gémissement ne franchisse la barrière de ses lèvres.

Le bruit semble sortir Slit de sa transe, et il se dépêche d’enlever ses chaussures, puis de tirer son pantalon vers le bas, si violemment que sa ceinture finit par céder, envoyant les débris de la boucle en acier voler aux alentours. Nux n’a que quelques secondes pour admirer la silhouette dénudée de son lancier, de ses jambes musclées à son sexe rigide, avant que Slit ne comble la distance entre eux. Fou de désir, le plus âgé attrape vivement les chevilles de son cadet et le tire jusqu’au bord du capot. Nux glapit quand ses fesses se retrouvent appuyées contre le métal toujours trop chaud, et essaie aussitôt de s’éloigner en s’agitant de nouveau dans tous les sens. Mais Slit, plus fort et bien décidé à l’installer là où il veut, n’a qu’à donner une saccade pour que Nux retombe lourdement sur la voiture. L’instant d’après, le lancier se love entre ses jambes, pressant son entrejambe contre celle de son chauffeur, et les deux garçons émettant un soupir de soulagement lorsqu’un éclair de plaisir leur remonte du bas-ventre pour se répandre dans le reste de leur corps.

-Vraiment trop longtemps, souffle Nux, dont les doigts continuent d’aller et venir langoureusement autour de sa verge.

Slit les chasse d’ailleurs d’un geste brusque qui trahit son impatience, avant de cracher dans sa main droite, qu’il enroule ensuite autour de leurs deux érections, les serrant l’une contre l’autre d’une manière qui fait trembler Nux de la tête aux pieds.

-Beaucoup, beaucoup trop longtemps, bredouille-t-il alors qu’il admire la façon dont son sexe se blottit contre celui de Slit.

Ce dernier commence à les caresser en tandem, d’abord lentement, presque paresseusement, avant d’accélérer petit à petit, jusqu’à ce que Nux se torde de plaisir sur le capot de sa voiture, le ventre rempli de lave en fusion qui ne demande qu’à entrer en éruption.

-Slit, Slit, oh V8, c’est tellement bon, t’es tellement doué, halète le chauffeur, avant que son lancier ne l’embrasse pour le faire taire.

De nouveau, le goût du sang assaille leurs sens et Nux le savoure comme s’il s’agissait de l’aqua-cola la plus pure.

-Tu la fermes jamais ? gronde Slit contre sa bouche, mais Nux sait parfaitement qu’il aime être complimenté quand ils s’étreignent de cette façon.

Alors, souriant de toutes ses dents, il enroule ses bras autour du cou de Slit, contre lequel il se love pour pouvoir lui gémir à l’oreille :

-J’adore quand tu me caresses comme ça, tu me fais tellement de bien, aaaaah Slit, t’arrête pas, s’te plaît, c’est trop bon, j’veux pas que ça s’arrête, j’veux pas, j’veux que ça continue toujours, Sliiiit… !

Contre lui, le concerné émet une plainte brisée et resserre sa prise sur leurs sexes, arrachant un cri ravi à Nux, qui s’abandonne entièrement aux soins de son aîné.

Bon sang, ça lui a manqué de sentir ces mains familières sur lui, d’éprouver le contact affamé de Slit, peau contre peau, bouche contre bouche, cœur contre cœur.

L’espace d’un instant, Nux a l’impression d’être transporté plusieurs lunes dans le passé, avant que Furiosa trahisse Immortan Joe, quand tout allait bien entre Slit et lui. Enfin, aussi bien qu’il était possible que ça aille dans une relation comme la leur.

C’est à ce moment précis que Nux réalise quelle place Slit occupe dans sa vie. Pas seulement lancier, pas seulement coéquipier, pas seulement partenaire sexuel, non, c’est plus que ça, sans que le jeune homme arrive à mettre de mots dessus, parce qu’il n’en connaît pas et aussi parce qu’il pense que ça dépasse tout concept déjà existant.

Dans l’ancien temps, avant que les Vautours apprennent à conduire des voitures, quand l’herbe couvrait encore la Terre, il aurait peut-être employé le mot « amour », mais ce terme a disparu en même temps que l’eau.

Au fond, ce n’est pas grave.

Il a vécu des années sans jamais savoir que les choses vertes en haut de la Citadelle s’appelaient des arbres, et ça ne l’a jamais empêché de les trouver chromés. Il en va de même pour ce qu’il ressent en cet instant, alors que Slit le serre contre lui de toutes ses forces et que Nux savoure ce qu’il pensait avoir perdu pour toujours.

-Encore, réclame-t-il d’une voix tremblante, alors que le plaisir continue d’enfler dans le creux de son ventre à chaque mouvement de la main de Slit autour de son sexe. Encore !

Son lancier répond d’un grognement guttural et accepte d’accélérer le rythme. Nux gémit de plus belle et finit par glisser ses doigts contre ceux de son aîné, afin d’accompagner ses gestes.

C’est tellement bon de sentir toutes les imperfections des mains de Slit frotter sur la peau sensible de sa verge. Cicatrices, callosités, malformations… Tout ça lui procure tellement de bonheur que Nux ne tarde pas à sentir qu’il ne pourra plus se retenir de jouir très longtemps. Entrouvrant les yeux, il regarde Slit de sous ses cils, et constate que le lancier est dans le même état : son visage est tordu par une extase grandissante, ses épaules son crispées, ses gestes sont de plus en plus erratiques et, baissant la tête, Nux voit qu’à chaque mouvement de leurs mains jointes, le sexe de son aîné laisse échapper une giclée de liquide translucide. Il se souvient avoir demandé comment s’appelle cette matière à Organic, persuadé à l’époque qu’il produisait du lait de maman et qu’Immortan Joe voudrait peut-être le faire venir au sommet de la Citadelle. Le médecin avait tellement ri qu’il avait failli en perdre connaissance, au grand dam d’un Nux mortifié.

Maintenant, il sait que ce produit signifie simplement beaucoup de bien-être, et il n’a pas honte de passer ses doigts au-dessus du gland du sexe de Slit pour récupérer un peu de ce liquide. Quand il le porte à sa bouche pour le laper d’un coup de langue gourmand, son lancier émet une plainte affolée et bascule vers l’avant, pressant son front contre Larry et Barry, avant de haleter :

-Je jure, Nux, tu vas finir par me tuer.

Le chauffeur émet un rire qui se termine par un long gémissement désarticulé lorsqu’enfin, il atteint le point de non-retour. Son corps se cambre contre sa volonté, ses yeux se ferment à nouveau, le plaisir déferle… Et s’interrompt aussitôt.

Cette fois, c’est un cri de douleur qui échappe à Nux, et il se redresse brusquement sur le capot quand il réalise que Slit a arrêté de le caresser à l’instant où il allait jouir.

-Qu’est-ce que tu fous ?! s’exclame le pilote, abasourdi et frustré.

En réponse, Slit lui adresse un sourire narquois.

-Ca fait longtemps, ronronne-t-il, l’air plus mesquin que jamais. J’voulais pas que ça se termine trop vite.

Nux ouvre la bouche, la referme.

Hm.

Ouais, ça se tient.

Mais quand même… ce schlang aurait pu prévenir !

-Allez, fais pas la gueule, tente de l’amadouer Slit, qui enroule de nouveau ses doigts autour des chevilles de son cadet, caressant tendrement les malléoles avec ses pouces, avant de tirer sur les jambes de Nux jusqu’à ce que ce dernier glisse du capot et se retrouve debout devant son lancier. Je sais que t’aimes quand j’te torture un peu…

Nux ne peut même pas nier parce que c’est la stricte vérité. Il est probablement l’un des war boys qui aiment le plus la douleur, ce qui explique la taille des cicatrices qu’il s’est auto-infligées au cours de sa vie, et qu’il rouvrira sûrement quand il n’y aura plus d’endroit de son corps où il puisse laisser libre cours à son masochisme. Alors il se contente de faire la moue, laissant Slit essayer de le consoler de quelques baisers dans le cou et de caresses sur ses fesses, que le plus vieux finit par agripper plus franchement, enfonçant ses doigts dans la peau tendre qu’il y trouve. Ce geste fait frissonner Nux, qui peut déjà sentir sa frustration retomber.

Slit doit le sentir, puisqu’il sourit de toutes ses dents lorsqu’il embrasse brièvement Larry, puis Barry.

-Ca aussi, ça m’avait manqué, susurre-t-il alors qu’il continue de malaxer les fesses de son chauffeur, allant jusqu’à glisser un doigt entre elles, jusqu’à effleurer l’anus de Nux.

Ce dernier sursaute à ce contact et, bien qu’il n’ait rien fait de ce genre depuis plusieurs dizaines de jours, son corps ne résiste absolument pas quand Slit enfonce son doigt à l’intérieur.

-Regarde-toi, murmure le lancier, et Nux note qu’il y a une pointe d’admiration dans sa voix. Toujours prêt pour moi, rien que pour moi…

Il n’a même pas besoin de demander si le chauffeur est allé voir ailleurs durant son absence, parce qu’il sait parfaitement que Nux ne l’a pas fait. Rien ne les empêche techniquement de trouver d’autres partenaires… Ils n’en ont cependant jamais vraiment ressenti le besoin, pas depuis leur première nuit ensemble. Tout comme Slit n’a jamais eu envie d’un autre pilote et que Nux n’a jamais eu envie d’un autre lancier.

Leur alliance les satisfait tous les deux à un niveau que peu de war boys ont la chance de connaître au cours de leur demi-vie.

Et c’est cette exclusivité inconsciente qui fait que le corps de Nux accepte que le majeur de Slit le pénètre sans broncher, parce qu’ils se connaissent autant l’un que l’autre, qu’ils savent comment se faire du mal, comment se faire du bien. Alors Slit sait précisément comment s’y prendre pour que bientôt, Nux fonde entre ses bras, laissant ce doigt aller et venir en lui, lentement, tranquillement, avant que Slit ajoute son annulaire, s’offrant ainsi un angle qui lui permet de s’enfoncer davantage à l’intérieur de son chauffeur, jusqu’à trouver cette petite chose qui, lorsqu’il recourbe ses doigts pour frotter dessus, arrache un ravissant jappement à Nux.

-Trouvé, se gargarise Slit et aussitôt, il se met à caresser cette zone sans la moindre pitié.

Chaque fois que les doigts de son aîné atteignent cette partie de lui, Nux gémit à tue-tête, le menton pressé contre l’épaule de Slit, au cou duquel il se tient maintenant comme si sa vie en dépendait, tandis que l’autre continue de le torturer sans relâche.

Bon prince, Slit va jusqu’à glisser une de ses jambes entre celles de Nux, permettant à son cadet d’y frotter son érection au même rythme qu’il fait aller et venir ses doigts contre cette petite boule de nerfs qui lui fait voir des étoiles.

C’est encore mieux que laisser Slit caresser sa verge avec sa main.

Le plaisir est plus intense, plus incandescent, il irradie directement de l’intérieur du corps de Nux et s’en va rebondir sur chaque cellule de son organisme.

-C’est tellement facile, se moque Slit, dont la main libre se pose derrière le crâne de Nux, lui faisant comprendre qu’il faudrait qu’il se penche en arrière.

Le chauffeur obéit de bonne grâce, ayant toute confiance en Slit pour ne pas le laisser tomber. Effectivement, son aîné le retient sans peine, et profite de cette nouvelle position pour retourner embrasser le cou du plus jeune. Puis sa bouche dévie le long d’une épaule, glisse sur l’os saillant de la clavicule, jusqu’à atteindre la poitrine de Nux. Mais cette fois, plutôt que de suivre le délicat tracé de la cicatrice en forme de V8, Slit préfère enrouler ses lèvres autour d’un téton. Nux frissonne, puis glapit quand l’autre garçon se met à sucer.

Instinctivement, ses doigts vont s’agripper à la tête de Slit, sans savoir s’il veut le repousser ou le maintenir bien en place. Le lancier choisit pour lui : sa main libre se pose dans le dos de Nux, l’empêchant de reculer, et il continue son petit jeu, ajoutant parfois sa langue, qu’il glisse tout autour du mamelon de son cadet, ou bien l’enroulant par-dessus pour accentuer la succion…

-Tu sais que t’auras pas de lait ? ne peut s’empêcher de demander Nux, un peu moqueur, et en retour, Slit donne un petit coup de dents au téton sur lequel il s’acharne toujours.

Le chauffeur pousse un cri surpris et se cambre contre son aîné, qui lui jette un regard, un seul regard, avant de recommencer. En même temps, il appuie plus franchement ses doigts contre la prostate de Nux et remonte davantage sa jambe contre sa verge, dont le gland laisse échapper une giclée de liquide le long de la cuisse de Slit.

Et Nux crie de nouveau, noyé par toutes ces sensations qui s’abattent impitoyablement sur lui, jusqu’à ce qu’il ne ressente plus rien d’autre qu’un plaisir tellement intense que ça en devient douloureux.

Alors bien sûr, il ne peut pas s’empêcher de supplier :

-Encore, encore ! Slit ! Encore !!

Le concerné obtempère, léchant, doigtant, caressant jusqu’à ce que Nux ne soit plus qu’un désordre larmoyant contre lui, suppliant qu’il le laisse jouir, pitié, c’est tellement bon, ne t’arrête pas, encore !

Mais de nouveau, Slit arrête tout à la seconde où son cadet est sur le point de basculer.

Nux hurle et rue contre lui, comme s’il avait été frappé par la foudre. Les yeux remplis de larmes et de rage, il se met à frapper des deux poings contre la poitrine de son lancier, aveuglé par la frustration.

-Smeg ! sanglote-t-il, le ventre ravagé par toujours plus de lave que Slit retient prisonnière, malgré les souffrances que cela inflige à Nux. T’es qu’un bouffeur de schlang, un…

Slit écrase alors sa bouche sur la sienne, plante ses dents dans sa lèvre encore pleine de sang, avant d’appuyer brutalement ses doigts contre la prostate de Nux.

Ce dernier se fige aussitôt.

Et la lave qui bouillonnait entre lui se libère soudain en longs jets de sperme qui s’en vont tremper le ventre et l’aine de Slit.

Nux ne sait même pas combien de temps il jouit, mais il a l’impression que tout ce qui était dans son corps se retrouve éjecté à l’extérieur, sans qu’il puisse l’en empêcher, et ça lui fait autant de bien que de mal, à tel point qu’il perd même connaissance pendant près d’une minute.

Il revient à lui quand il sent Slit retirer ses doigts de son anus, la soudaine sensation de vide lui arrachant un frisson.

-T’es encore là ? demande le lancier, encore occupé à lui mordiller la lèvre.

Nux émet un « Hnnngh » qui pourrait aussi bien être un oui qu’un non, et qui fait rire Slit. Ce dernier, apparemment fatigué de tenir son chauffeur à bout de bras, finit par l’appuyer de nouveau sur le bord du capot de la voiture, et le plus jeune est tellement engourdi par les endorphines qu’il sent à peine la brûlure sous ses fesses.

Un sourire paresseux fleurit quand même sur son visage quand il sent Slit le bisouiller sur la joue avec une certaine tendresse qu’il ne s’autorise à montrer que quand ils sont seuls tous les deux. Il lui faut encore un long moment pour vraiment reprendre ses esprits et pendant ce temps, Slit continue de le cajoler tant et plus, si bien que Nux finit par sentir son sexe se gorger à nouveau de sang, très intéressé par les doigts qu’il sent parfois glisser dans le creux de son aine, sur cette petite parcelle de peau particulièrement sensible.

Enfin, il réussit à reprendre pied avec la réalité, et en profite pour voler un baiser langoureux à Slit, auquel ce dernier répond de bon cœur. Puis les yeux de Nux s’égarent sur le ventre de son lancier et un rire étranglé lui échappe quand il voit la quantité de liquide poisseux qui décore maintenant l’abdomen du plus âgé.

-Désolé ? dit-il sans vraiment l’être, avant de tendre une main pour essayer d’essuyer ses bêtises, mais Slit s’écarte aussitôt et claque sa langue contre son palais pour dire à Nux d’arrêter.

-Faut pas l’enlever, c’est comme du chrome, proclame-t-il avec une solennité tellement exagérée que le chauffeur en rit.

-Du chrome ? répète Nux, hilare. N’importe quoi, ça a rien à voir !

-C’est tout pareil : ça mouille, ça brille, et ça me rend fier. Alors pas touche, compris ?

Très amusé, Nux hoche la tête et laisse Slit revenir se lover entre ses jambes pour lui réclamer un autre baiser. Puis, front contre front, ils s’observent un instant, avant que le plus jeune chuchote :

-Et maintenant ?

-Maintenant, répond son aîné d’une voix basse, grondante, presque menaçante pour quiconque ne le connaît pas et qui serait incapable, à contrario de Nux, de déceler la petite note affectueuse qui rend son timbre moins rauque qu’il ne devrait normalement l’être. Maintenant, c’est à mon tour de m’amuser…

En même temps qu’il parle, Slit s’avance sur le capot de la voiture, jusqu’à surplomber son cadet, vers lequel il se penche pour l’obliger à s’allonger sur la tôle. Nux obéit docilement, la bouche toujours étirée d’un sourire enthousiaste.

Au-dessus d’eux, le soleil a dépassé son zénith et sa chaleur a fait sécher le sang sur les lèvres de Nux, mais il n’a qu’un coup de langue à donner pour nettoyer tout ça. Slit suit le mouvement des yeux avec beaucoup d’intérêt, en même temps qu’il pose ses mains sur les hanches de Nux, prenant appui sur les os de son bassin, de sorte à pouvoir ramener le chauffeur contre lui d’un seul geste. Le plus jeune jappe quand son dos râpe contre le métal brûlant sur lequel il est vautré, mais Slit s’excuse d’un baiser qui lui fait aussitôt oublier la douleur.

Puis le lancier donne une petite tape sur chaque côté des fesses de Nux et lui adresse un regard affamé.

-Serre tes genoux l’un contre l’autre, ordonne-t-il d’un ton que le désir a altéré.

Nux cligne des yeux, surpris d’une telle demande, à laquelle il accède sans poser de question. Slit lui laisse le temps de s’installer aussi confortablement que possible, puis Nux le voit saisir sa verge, et comprend soudain où l’autre veut en venir.

Effectivement, Slit ne tarde pas à s’avancer pour faire glisser son sexe tendu entre les cuisses serrées de son cadet, jusqu’à ce qu’il repose par-dessus celui de Nux. Ce dernier transpire tellement à cause de la chaleur ambiante que l’intérieur de ses cuisses est trempée de sueur, permettant à Slit de bouger sa verge entre ses jambes sans le moindre problème.

-Parfait, ronronne le plus âgé, tandis qu’il saisit les deux chevilles du chauffeur et se débrouille pour qu’elles reposent sur une seule de ses épaules, de sorte que les deux garçons puissent se regarder en face.

-Où t’as eu cette idée ? demande Nux, franchement surpris, alors qu’il contemple l’érection de Slit appuyée contre la sienne.

Sous cet angle, la vue semble encore plus obscène que quand ils se masturbaient ensemble tout à l’heure. Le sexe de Slit paraît plus gros aussi, plus lourd. La pointe est rouge, gonflée, ne demandant qu’à laisser échapper tout le sperme emmagasiné à l’intérieur. Incapable de résister, Nux l’effleure du bout des doigts pour récolter de nouveau quelques gouttes qui s’en échappent et qu’il se hâte d’avaler avec une certaine gourmandise, bercé par le regard approbateur de Slit.

-Ca fait un moment que j’y pense, avoue le lancier, maintenant occupé à pousser davantage les cuisses de Nux l’une contre l’autre, jusqu’à trouver l’étroitesse qui lui convient le mieux. T’as toujours eu les jambes tellement douces et chaudes… Lustrées, pas de cicatrices… On dirait celles des Sœurs.

Ces mots font naître une vive chaleur sur les joues de Nux et même la peinture blanche dont il se badigeonne ne suffit pas à cacher la rougeur qui lui grimpe soudain jusqu’aux oreilles. Slit s’en aperçoit, évidemment, et un sourire carnassier lui étire les lèvres alors qu’il se penche un peu, faisant glisser son sexe le long de celui de Nux, lentement, doucement, sans se presser…

-T’aimes ça ? T’aimes quand j’dis que tu ressembles à une pondeuse d’Immortan Joe ? susurre-t-il.

-N… Non… ? bredouille Nux sans la moindre conviction.

Il doit de toute façon se rendre à l’évidence : les palpitations qui agitent soudain sa verge le trahissent. Slit frissonne quand il les sent se répercuter contre sa propre érection, et son sourire s’élargit, à tel point que ses agrafes semblent commencer à avoir du mal à rester à leur place.

-Menteur, assène-t-il avant de reculer ses hanches, toujours avec la même langueur, comme s’ils avaient l’éternité devant eux pour faire ce qu’ils sont en train de faire. T’adores ça. Peut-être même que t’aurais voulu vivre avec les autres femmes, hein ? Être enfermé dans le Coffre-Fort comme un trésor…

L’idée fait frémir Nux de la tête aux pieds, et un long gémissement aigu lui échappe, sans qu’il sache s’il est dû aux mots de Slit, ou bien si c’est parce que le lancier avance à nouveau ses hanches, frottant son sexe contre celui de son cadet. Slit se penche alors pour lui mordiller une oreille, avant d’y ronronner :

-Et tous les soirs, tu l’aurais laissé te baiser ? Tu l’aurais laissé remplir ton ventre de chiots, hein Nux ? Et t’aurais aimé ça, avoue…

Cette fois, le frisson qui agite le plus jeune n’a rien d’agréable. Sans qu’il sache pourquoi, s’imaginer avec quelqu’un d’autre que Slit, qu’il s’agisse d’un war boy quelconque ou d’Immortan Joe, feu leur chef bien-aimé, pour qui Nux aurait été prêt à mourir comme n’importe lequel d’entre eux, lui semble mal. Un halètement angoissé se faufile entre ses lèvres et il secoue aussitôt la tête, cherchant à se blottir davantage contre Slit, à se réfugier contre lui, pour se rappeler que c’est Slit qui le tient, seulement lui.

-Non, répond-il d’une voix chevrotante, après avoir réussi à enfouir sa tête contre la poitrine de son aîné. J’aurais pas aimé parce que c’est pas toi.

Slit se fige contre lui, apparemment surpris d’un tel aveu. Il recule un peu et saisit le menton de Nux entre ses doigts pour obliger son cadet à le regarder dans les yeux, même si le chauffeur essaie de résister, de rester caché, par honte de son aveu ou par peur de perdre le contact avec Slit, il ne sait pas vraiment. Peut-être un peu des deux.

-Sérieux ? demande le lancier, l’air sincèrement étonné. Même si c’était Immortan Joe ?

Nux acquiesce, la gorge nouée. Malgré lui, il imagine leur ancien leader à la place de Slit. Il se voit, lui, allongé par terre, les jambes grandes ouvertes pour permettre à celui qu’il considéra un jour comme un dieu vivant de se glisser entre elles. La simple vision d’un autre homme que Slit au-dessus de lui, tout Immortan qu’il fut, révulse Nux au point où il sent une violente nausée s’emparer de lui. Son visage doit exprimer toute sa répugnance, parce que Slit se dépêche de l’embrasser et de le caresser à des endroits que lui seul sait sensibles, de sorte à rappeler à Nux qui le tient en ce moment.

Ce qui n’empêche pas le chauffeur de répéter fébrilement :

-Pas toi. Alors pas bon. Pas bon du tout.

Il sait qu’il doit avoir l’air ridicule comme ça, faible, médiocre.

Indigne d’avoir fait un jour partie de l’armée du grand Immortan Joe.

Mais c’est plus fort que lui.

Il ne veut personne d’autre que Slit, jamais.

Il a eu d’autres partenaires avant de le rencontrer. Des bons, des mauvais. Certains qui aimaient partager, d’autres qui ne faisaient que prendre. Aucun d’eux ne l’a jamais fait vibrer comme Slit, aucun n’a su si bien mêler violence et douceur, aucun n’a su offrir à Nux ce dont il ignorait lui-même avoir besoin. Alors non, il ne veut pas d’un autre homme, ni d’une femme, pas même Capable, pour qui il éprouve pourtant des sentiments similaires à ceux qu’il a pour Slit.

Alors oui, peut-être qu’il a l’air pathétique d’exposer ainsi son cœur et ses craintes. Slit aurait toutes les raisons de le penser, de le repousser en lui rappelant tout ce qu’Immortan Joe a fait pour eux et que Nux devrait être fou de joie d’avoir le privilège de s’imaginer partager le lit de leur regretté chef.

Sauf que Slit ne dit rien.

Il se contente de regarder Nux en silence, sans bouger. Ses mains reposent de nouveau sur les hanches de son cadet, sa poitrine s’appuie contre l’arrière des cuisses de Nux, entre lesquelles son sexe est toujours lové.

Puis, petit à petit, son expression change, se fait moins indéchiffrable. Son œil droit, celui dont l’iris est déformé par la maladie, se plisse un peu. Son œil gauche, lui, a la pupille qui se dilate jusqu’à recouvrir presque entièrement le gris qui l’entoure. Sa bouche s’étire lentement, jusqu’à dessiner le sourire le plus arrogant et le plus orgueilleux que Nux ait jamais vu.

Et le pilote comprend soudain.

Slit est fier.

Fier d’avoir réussi à le posséder corps et âme au point de le pousser à commettre le pire blasphème qui soit, à savoir rejeter leur Immortan. Sa suffisance est telle qu’elle dépasse même sa colère de voir quelqu’un ne pas se réjouir à l’idée de coucher avec leur chef disparu, et Nux écarquille les yeux lorsqu’il sent la verge de son lancier grossir davantage, nourrie de toute la vanité que ressent Slit en cet instant.

Avant que le plus jeune puisse dire ou faire quoi que ce soit d’autre, son aîné se remet en mouvement : ses deux bras s’enroulent autour des jambes de Nux, qu’il serre si fort l’une contre l’autre que ça en devient presque inconfortable, et il commence à faire bouger ses hanches d’avant en arrière à un rythme soutenu, enfonçant encore et encore son sexe dans la chaleur veloutée des cuisses de son cadet.

Ce dernier ne peut que contempler, abasourdi, le va et vient erratique du sexe du lancier entre ses jambes, hypnotisé par la façon dont le gland apparaît et disparaît, foudroyé par la sensation de cette chair brûlante qui se frotte à la sienne. Un premier cri ne tarde pas à lui échapper, suivi d’un second, d’un troisième, jusqu’à ce qu’il ne soit plus capable d’autre chose que de vocaliser son plaisir si fort qu’il est sûr de ne plus avoir de voix demain.

Peu importe, ils sont seuls au monde, il peut se le permettre.

Alors il se le permet.

Plaçant ses mains à plat de chaque côté de son crâne et prenant appui dessus pour cambrer le dos au point d’en avoir mal à la colonne vertébrale, Nux balance sa tête vers l’arrière et hurle son extase sans la moindre honte, tandis que Slit continue ses mouvements de balancier, dont le rythme devient très vite frénétique, sauvage, implacable.

-Nux, halète le lancier entre deux coups de hanches qui leur font voir des étoiles à tous les deux. Nux, merde, c’est trop bon, j’vais pas tenir !

Le plus jeune répond d’un autre cri, en même temps qu’une première giclée de sperme dont il ignore la provenance exacte vient lui tremper le ventre. Chaque geste de Slit, chaque endroit où sa peau entre en contact avec celle de Nux donne l’impression à ce dernier qu’on lui enfonce un poignard chauffé à blanc dans le corps.

Il espère que ça ne s’arrêtera jamais.

-Et si c’était moi ? gronde soudain Slit, dont les yeux presque clos ne laissent entrevoir que le mince éclat argenté de son iris irradié.

-Hein ? répond très intelligemment Nux, occupé à essayer de survivre aux roulis de l’euphorie qui tentent de le noyer à chacun de leur passage.

-Si c’était moi qui mettais des chiots dans ton ventre ? poursuit Slit sans ralentir la cadence, avant de se pencher pour se rapprocher de Nux, qu’il oblige à se plier pratiquement en deux, jusqu’à ce que ses genoux effleurent son abdomen. Ca te ferait plaisir, pas vrai ? T’aimerais ça, Nux ? T’aimerais devenir ma pondeuse, rien qu’à moi et à personne d’autre ?

Nux ne devrait pas trouver cette idée géniale, il le sait, il ne devrait vraiment pas.

Pourtant, elle lui plaît tellement qu’il en jouit.

Un dernier cri sort de sa bouche grande ouverte, un cri qui n’a rien d’humain, tout son corps se fige comme s’il était soudain fait de pierre, et son sexe laisse échapper un long jet de semence qui atteint son menton.

-Putain ouais ! rugit Slit, qui continue d’aller et venir sans la moindre pitié, alors même que ça devient vraiment douloureux pour Nux de sentir quelque chose se frotter contre sa verge hypersensible. C’était tellement chromé ça !

Le plus jeune gémit faiblement, touché par le compliment mais trop fatigué pour en faire plus, et remercie le V8 quand il sent Slit se crisper au-dessus de lui, arrêtant de bouger lorsque son orgasme le fauche à son tour. Nux ne peut s’empêcher de sourire quand il sent un liquide chaud et épais lui tremper tout le bas du ventre et l’intérieur des cuisses.

Un peu sonnés par ce qu’ils viennent de vivre, les deux garçons restent agrippés l’un à l’autre pendant ce qui leur semble durer une éternité, avant que Nux n’émette une plainte ennuyée, son dos commençant à lui faire vraiment mal à cause de la position dans laquelle Slit l’a coincé. Heureusement, le lancier réagit assez vite et s’écarte, prenant le soin de tenir les jambes de son chauffeur et de les laisser descendre sans violence, conscient que dans son état, Nux n’aurait pas eu la force de les empêcher de tomber purement et simplement sur le capot de leur voiture.

Maintenant étendu de tout son long sur le véhicule, Nux ferme les yeux, à bout de souffle. Il a l’impression que les tambours de guerre d’Immortan Joe résonnent dans son crâne et que le Doof Warrior donne un concert privé dans son abdomen.

Evidemment, il adore ça.

Autant qu’il adore sentir sa semence et celle de Slit lui coller à la peau.

Enfin, après plusieurs minutes à profiter de la rémanence de son orgasme, il parvient à se redresser sur ses coudes, seulement pour constater que son lancier a disparu.

-Slit ? appelle-t-il, et le concerné reparaît presque aussitôt, un chiffon à la main, qu’il est sans doute allé chercher dans la voiture.

Le plus âgé lui lance le bout de tissu, avant de s’éloigner pour récupérer leurs vêtements, abandonnés dans le sable, qui a déjà commencé à les recouvrir.

-Essuie-toi un peu, intime le lancier après avoir ramassé ses bottes.

Nux obéit, frottant machinalement le chiffon sur son ventre, puis entre ses cuisses. Ca atténue à peine la sensation poisseuse qu’il éprouve, mais ça ne le gêne pas. Au besoin, il sait que Capable lui proposera de venir se laver convenablement dans les appartements qu’occupent les Sœurs.

Slit finit par le rejoindre, leurs pantalons jetés en travers d’un bras, deux bottes dans chaque main. Le sourire plein de morgue n’a pas quitté son visage, arrachant une moue amusée à Nux.

Lui qui voulait éviter de trop flatter l’égo de son aîné, on dirait que c’est loupé…

De nouveau debout devant le chauffeur, Slit lui tend son pantalon, pose ses bottes sur le capot de la voiture, et arrache le chiffon des mains de Nux.

-Tu te fous de moi ? marmonne-t-il. T’en as encore partout sur le visage !

Et il commence à nettoyer lui-même le menton de Nux, où un mélange de sang et de sperme séché a commencé à former une croûte rosâtre.

… Ouais, Capable va clairement l’obliger à prendre un bain après ça.

-Tu me fais mal, ronchonne Nux tandis que Slit frotte furieusement le chiffon sur sa peau, et il tente de s’éloigner, mais l’autre le retient sans peine.

-Arrête de gigoter ! claque son aîné. Arrête j’te dis ! Hé, tu veux que j’rentre sans toi ou quoi ?

-Essaie seulement ! rétorque Nux avec un sourire narquois.

Un vif élan de joie éclot dans son ventre quand il remarque qu’ils se chamaillent exactement comme avant, quand tout allait presque bien dans leurs vies. S’il avait su qu’il suffisait d’un petit câlin au milieu des dunes pour ça, il aurait emmené Slit en patrouille bien plus tôt.

-Bon, ça fera l’affaire, finit par grommeler le lancier après un dernier coup de chiffon, qu’il utilise ensuite pour essuyer son propre abdomen.

Nux le regarde faire, admirant le schéma chaotique des cicatrices qui décorent le bas-ventre et le haut des cuisses de son aîné. Il a toujours aimé les marques de Slit, savant mélange de coupures et de brûlures qui forment d’étranges fleurs à l’aspect mécanique sur sa peau pâle. Les voir d’aussi près ravive son désir, mais il est trop fatigué pour un troisième round, et il devine que Slit s’est suffisamment dépensé aussi, au moins pour aujourd’hui.

Ils prennent quand même tout leur temps pour se rhabiller, passant près d’une heure supplémentaire à paresser l’un contre l’autre au soleil, à se battre comme eux seuls savent le faire, ou à simplement admirer les dunes, dont les formes changent au gré du vent.

-Ca aussi, ça m’avait manqué, annonce Nux quand il se décide enfin à remettre son pantalon, après l’avoir secoué pour en retirer le plus de sable possible.

-Quoi ? demande Slit, déjà occupé à remettre ses bottes.

-Ca, répond simplement le chauffeur, sans chercher à être plus précis.

Ce n’est de toute façon pas nécessaire : Slit le comprend, comme il le comprend toujours.

Son sourire change, s’adoucit comme les sommets pointus des dunes que les bourrasques venues du nord arrondissent tendrement. Sans rien dire, il s’approche de Nux et presse son front contre le sien.

-Ouais, pareil, grogne-t-il avant de s’écarter pour finir de se rhabiller.

Le plus jeune sourit de toutes ses dents, puis se glisse dans l’habitacle de sa voiture, attendant que Slit retourne sur sa plateforme. Bientôt, ils roulent à tombeau ouvert en direction de la Citadelle, de nouveau en parfaite symbiose.

Quelques heures plus tard, les Sœurs les poussent tous les deux dans le grand bassin d’eau pure au centre de leurs appartements.

Et Nux rira de voir Slit se cramponner au bord, persuadé qu’autrement, il va se noyer, alors même qu’il a largement pieds. Il rira jusqu’à ce que l’autre lui attrape la tête pour la flanquer sous l’eau, l’y maintenant jusqu’à ce que son cadet lui roue le ventre de coups de poings, et qu’il soit obligé de le lâcher pour échapper à cette violente réplique.

Toussant, crachant, la lèvre de nouveau pleine de sang sans même savoir pourquoi, Nux n’aura jamais été aussi heureux de toute sa courte demi-vie.

Et il n’échangerait tout ça contre aucune place au Valhalla.